Retours sur une conférence sur l’inclusion dans le secteur de l’animation 3D au Annecy Festival

Le Festival d’Annecy, c’est le lieu où se retrouve professionnels de l’animation 3D chaque année. C’est là que seront présentés les productions à venir, et que des projets peuvent trouver des producteurs, des diffuseurs… Mais c’est aussi un lieu de conférences !

Grâce à la diffusion live, nous en avons suivi plusieurs, dont une présentée par Julie Ann Crommett, vice-présidente du pôle engagement de l’audience multiculturelle chez ‎The Walt Disney Studios. Cette conférence portait sur l’inclusion et l’intersectionnalité, et nous allons vous en faire un résumé.

Nous sommes tous soumis à des biais cognitifs

Mais qu’est-ce qu’un biais ?

C’est un raccourci que prend notre cerveau pour traiter une trop grande masse d’informations. Or, dans notre monde actuel, on est soumis à beaucoup de données en même temps : on estime recevoir 11 millions bits d’information. Et notre cerveau ne peut en traiter que 40 bits… Vous comprenez mieux que nous sommes donc bien tous soumis au biais.

Et si vous n’êtes pas encore certain, Julie Ann Crommett nous en a fait une petite démonstration avec le test implicit de l’université d’Harvard (lien : https://implicit.harvard.edu/implicit/) sur le genre. Tout le monde a ressenti un ralentissement quand les sciences étaient associées aux femmes, preuve que les biais inconscients sont présents en nous tous, même en étant un public averti, et que notre perception du monde en est modifiée.

Comment contrer les biais ?

Deux pistes s’offrent à nous pour cela : par la connaissance et la communication autour de ces biais, mais aussi par plus de diversité au sein des entreprises afin de représenter correctement la société à tous les niveaux.

Par exemple, quand l’application mobile Youtube a été lancé, les vidéos se mettaient en plein écran d’un seul côté. Pour 10% des utilisateurs, ce côté n’était pas le plus instinctif, et ils devaient sans cesse retourner une nouvel fois leur téléphone. Pourquoi ? Car personne dans l’équipe de recherche et développement de Youtube ou dans leurs testeurs initiaux n’étaient gaucher. Ils n’avaient donc pas rencontré ce cas, qui n’avait donc pas été traité. Cette anecdote est certes minime, mais montre qu’une diversité plus vaste au niveau des testeurs auraient pu pallier ce problème.

Mais qu’en est-il à Hollywood ? Est-ce que cette industrie, qui a pour visée de représenter la société par le divertissement, est représentative ? Quelques chiffres parlants :

  • Concernant les personnages qui parlent dans des films :
    • Environ 30% sont des femmes
    • Seulement 3% sont des femmes de couleur (problématique de l’intersectionnalité)
  • Concernant les réalisateurs du top 100 des films de 2016 :
    • 4% sont des femmes
    • 90% des hommes sont blancs

L’inclusion et ses effets sur la société

Les chiffres vu précédemment démontre bien la faible représentativité de l’industrie, que ce soit en son sein, ou dans sa production. Mais il est tentant de se dire que les répercussions sur la société ne sont pas si fortes. Il est compliqué de prouver les effets négatifs de cette faible représentation des femmes et des personnes de couleur, mais deux exemples permettent de prouver qu’il y a bel et bien un impact.

Le premier est assez connu, car il a même un nom : le « CSI effect ». En effet, depuis la diffusion de séries policières mettant en avant des femmes (comme CSI, mais aussi Bones par exemple), il y a eu une forte augmentation de femmes dans les sciences médico-légales.

Deuxième exemple, qui concerne les films Brave et Hunger Games. Ces deux films mettent à l’honneur des héroïnes qui, entre autres choses, se battent avec un arc. Et il y a eu une augmentation de 50% de femmes participants à des compétitions d’archerie.

La représentation du monde montré à l’écran a donc bien des répercussions sur la société.

Arguments en faveur d’une meilleure inclusion

Si ces résultats ne vous donnent pas envie d’œuvrer pour une meilleure représentation, voire même être initiateur d’un changement dans la société, il y a aussi des arguments plus pragmatiques pour vous convaincre.

Des équipes créatives plus productives

Les ressources humaines du Late Show ont testé de nouvelles méthodes pour recruter des auteurs. Celles-ci avaient pour but d’uniformiser les candidatures tout en les anonymisant afin de contrer les biais subconscients. Ces nouvelles méthodes, couplées à une recherche d’auteurs à la source (afin d’éviter qu’une première sélection involontaire ne se créé), ont donné lieu à la constitution d’équipes paritaire, sans que ce soit un objectif de départ.

Et ces équipes ont été les plus productives d’un point de vue créatif, et ont même très rapidement remportées un Emmy, preuve que l’émulation entrainée par la diversité des profils recrutés était de qualité.

Autre exemple donné, un responsable a été invité à assister à des débats créatifs. Il a remarqué que les femmes se faisaient systématiquement couper la parole, et a instauré une règle simple : personne ne doit interrompre quelqu’un qui arrive avec un discours préparé. Il n’a pas détaillé ces observations, mais uniquement dicté cette règle. Peu après, et alors que les équipes n’avaient jamais été aussi productives, des hommes sont venus le remercier. En effet, ces personnes assez introverties, subissaient aussi la domination des personnes plus extravertis, sans que leur cas soit aussi visible que celui des femmes. Préparer le terrain pour une meilleure inclusion a donc eu des effets bénéfiques sur l’ensemble de son équipe.

De réels impacts financiers

L’argent gouverne le monde, et guide beaucoup de décisions stratégiques. Or, les tableaux ci-dessous prouvent que les films ayant une meilleure représentation des minorités font un meilleur score au box office. Des arguments de poids, à donner si vous cherchez à convaincre vos équipes.